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L’expertocratie totalitaire

Zentropa

tsarhastapesbyblackfirSi, en politique comme ailleurs, il convient de toujours se méfier du « simplisme », du « manichéisme » et des apparentes « évidences » qui prennent souvent la forme de belles « solutions toutes faites » pour séduire les naïfs, il faut se défier avec tout autant de vigilance des « complexités » affichées et proclamées « inaccessibles » par les désormais fameux « experts » qui en sont les gardiens.

La modernité libérale finissante, vermoulue et craquante de toutes parts, a en effet mis en place, par la voix de son oligarchie technocratique et afin de protéger ses vieux restes en annihilant toute velléité de remise en cause de ses prérogatives, un discours technicien volontairement opaque et alambiqué ayant pour but de laisser croire aux populations qu’elles sont incapables de saisir la nature et les mécanismes d’un certain nombre de phénomènes que, de ce fait, elle reste seule capable de prendre en charge.

Cette stratégie de brouillage du langage et d’entretien d’un « complexe » artificiel est particulièrement prégnante dans le domaine de l’économie. Ici, pas un jour ne passe sans qu’un « expert » explique doctement que le « vulgum pecus », qui se navre des dérives de l’économie libérale et réclame une sévère mise au pas de celle-ci, ne « se rend pas compte » de l’utopie un peu ridicule de son discours, car il ne « comprend pas » tous les « tenants et aboutissants » du problème tout autant qu’il en méconnaît l’intégralité des « implications ».

Bref, selon l’expert, l’économie est un problème bien trop sérieux et complexe pour être soumis au tamis de la volonté populaire.

Mais qu’est-ce vraiment qu’un « expert » ?

C’est un monsieur fort bien habillé et habile de la langue qui vient régulièrement à la radio ou à la télévision pour expliquer au final qu’il est rigoureusement impossible de changer quoi que ce soit au système et que le mieux que l’on puisse espérer est la réalisation de quelques aménagements cosmétiques à la marge.

En général il s’agit d’un universitaire (c’est-à-dire quelqu’un qui n’a jamais quitté le monde clos de l’enseignement), d’un journaliste (c’est-à-dire quelqu’un dont le métier repose sur la superficialité, le mensonge et la soumission aux annonceurs publicitaires) ou d’un individu non identifié dont on découvre après quelques recherches qu’il est membre d’un « cabinet de consulting » ayant pour clients quelques uns des principaux acteurs de ce « système » qu’il vient « analyser ».

La légitimité de ces braves gens s’accroît au fur et à mesure de leurs passages médiatiques, un peu comme si, à force de discuter des films de guerre que l’on a visionnés entre amis, on devenait un spécialiste émérite de la défense nationale.

Quoiqu’il en soit ces « experts » autoproclamés, ainsi que la foule des imbéciles qui relaye avec respect voir admiration leur prétentieuse vulgate, ont réussi à peu à peu imposer l’idée saugrenue que l’économie est une « science » au même titre que les mathématiques ou la physique. Par là, ils veulent expliquer que seuls des diplômés de troisième cycle sont susceptibles de « comprendre » l’économie et donc de prétendre l’orienter ou la diriger, comme, par exemple, seul un ingénieur en physique nucléaire serait apte à sonner son avis sur la gestion d’une centrale atomique.

Or l’économie n’est nullement une science, c’est une construction politique et sociale, dépendante du temps et des lieux, une organisation humaine conçue, à l’origine, pour satisfaire les besoins primaires des hommes, et qui, fruit de la volonté des hommes et s’adaptant aux circonstances, peut être tout autant « déconstruite » par ces hommes qu’elle a été bâtie par eux.

On est bien loin de l’image d’un savoir technique inamovible, permanent, tout puissant et sacré, planant loin au dessus des existences humaines communes, et dont les secrets ne seraient connus que de quelques initiés.

L’actuelle domination de l’économie n’est aucunement due à une quelconque fatalité résultant de la nature spécifique de ce « domaine » mais simplement à l’absence totale de réelle volonté politique associée à l’extrême efficacité du système d’autodéfense des bénéficiaires du système actuel, la super-classe mondialiste, notamment grâce au travail quotidien des fameux « experts ».

Car ce qu’oublient de préciser ces « experts » c’est « qu’aucune réforme profonde du système n’est envisageable » si l’on ne veut ni toucher aux principes qui le sous-tendent (consumérisme, productivisme, tyrannie de la croissance, nomadisme, sans frontiérisme…) ni remettre en cause, de manière autoritaire si besoin, les indécents bénéfices des hyper-classes privilégiées.

Dans ce cas, en effet, ils ont raison, rien n’est possible. Mais dans ce cas là seulement. Et une fois encore, ce n’est aucunement une fatalité, mais simplement la somme d’une passivité et d’une lâcheté. Les nôtres.

Cessons donc d’être paralysés, tels des enfants, face aux imprécations des fonctionnaires grassement rémunérés du système libéral qui nous promettent catastrophes et ruines en cas de rétablissement des frontières, de lois sociales coercitives ou de surtaxation des marchandises dont la production a été délocalisée…

N’oublions pas que ce sont simplement les voix de leurs maîtres, les chiens de garde en costumes Boss des voyous qui pillent la planète ! Rien de plus !

C’est leur système, pas nos solutions, qui nous appauvrit chaque jour un peu plus, arase notre culture, nie notre identité tout en aggravant la misère et la faim dans le monde !

-« Oui mais tous les autres systèmes seraient encore pire ! » rétorque la voix de l’abandon et du fatalisme.

Ha oui ? Qui affirme cela sinon ceux qui ont tout à gagner à la prorogation du statu quo actuel ? Et sur quelles bases se fondent-ils ? Avec quels arguments ?

Et si on essayait, au moins, avant de conclure ?

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