Vol AF 447 : un scandale, vraiment ?

Vol AF 447 : un scandale, vraiment ?

AF 447

Photo © AFP

Reléguant au dixième plan la campagne des européennes, les attentats à répétition en Irak, le génocide planétaire de l’avortement (il est vrai que de celui-ci on ne parle jamais dans les gros médias), les 228 victimes du crash du vol Air France 447 qui aurait dû relier Rio de Janeiro à Paris font la une de tous les journaux depuis lundi. On n’en finit pas de s’interroger. Pourquoi ? Etait-ce la foudre ? Une défaillance technique ? Un attentat ? Une erreur humaine ? Comment est-ce possible, au XXIe siècle (on serait tenté d’ajouter : dans un Etat de droit soucieux des valeurs démocratiques) que des gens puissent encore mourir lors d’une catastrophe aérienne de cette envergure ?

Laurent Joffrin, dans Libération de mardi, y consacrait son éditorial. Il évoquait le « risque infime » qu’on a de mourir en avion : quelque 1 000 victimes par an pour 4 milliards de passagers transportés.

« Ce pourcentage, écrit-il, rend d’autant plus difficile d’accepter la survenue d’une telle tragédie, consommée en plein ciel, quand la plupart des incidents ont lieu au décollage et à l’atterrissage, et qu’ils sont liés pour les deux tiers à une erreur humaine. »

Tragédie, certainement. Inacceptable ? Quelle tragédie ne l’est pas ? Pour toute famille, perdre brutalement un proche, pour quelque raison que ce soit ; avoir un enfant atteint d’une maladie mortelle ; apprendre la disparition d’un père, d’un fils, d’un frère au combat est humainement insupportable. C’est le scandale de la souffrance et de la mort. Mais il n’y a pas pire scandale que celui de la Croix ; pas d’autre remède non plus.

Notre monde recherche à tout prix le « risque zéro », jusqu’à l’absurde. Il recherche des responsables, des causes, et si possible des boucs émissaires tandis qu’il n’a jamais été comme aujourd’hui marqué du sceau de la mort. De la culture de mort, très exactement.

Nous sommes – c’est humain et c’est légitime – tous frappés par la douleur qui touche ces dizaines de familles qui ont attendu en vain l’arrivée d’une mère, d’une sœur, d’un fiancé ou d’un mari… Mais notre compassion est aussi l’expression d’une angoisse. Nous n’avons pas peur de figurer parmi les victimes d’un nouvel attentat à Bagdad (9 morts mercredi à la terrasse d’un café) mais les voyages en avion nous concernent tous, tous ceux que nous aimons. A qui le tour ?, chuchote notre inconscient. Les cérémonies collectives prennent alors des allures d’exorcisation d’une peur collective. On se tourne vers les autorités, quelles qu’elles soient, comme si elle pouvaient et devaient nous protéger de ce mal. Et nous regardons – on nous la sert à pleins journaux télévisés, à pleines pages de journaux – les visages de ceux qui pleurent. Mitraillés par des nuées de photographes et de journalistes qui ont exacerbé leur souffrance pour que nous puissions nous en repaître ?

Les « cellules psychologiques » qui se multiplient pour soulager les familles sont un autre révélateur du désarroi de notre temps.Yves Daoudal note sur son blog cette réaction d’un responsable : « Ce qui va compter pour la plupart de ces personnes, c’est l’action des autorités vis-à-vis de ce drame. Les cérémonies, par exemple, sont primordiales pour se reconstruire. C’est pour cela que nous travaillons de concert avec le gouvernement. » Daoudal commente : « Les “psychologues” ont découvert que ce que l’Eglise pratique depuis toujours est “primordial”. Il nous reste à découvrir la différence entre de vaines cérémonies laïques et celles qui, rappelant à l’homme sa destinée éternelle, lui permettent de se reconstruire par la conversion et l’espérance. » Vaines cérémonies laïques : n’est-ce pas sous ce vocable qu’il faut classer la « cérémonie interreligieuse » qui s’est déroulée mercredi en la cathédrale de Paris, où le cardinal Vingt-Trois a lu un passage… du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry ? Mais comment comprendre la mort, la douleur, la souffrance, la misère de notre condition mortelle dans une société qui fait tout pour gommer le sens du péché et du mal, moyen souverain pour interdire l’accès au sens du sacrifice et surtout au pardon ?

Il y eut aussi, mercredi soir, un message. Celui de Benoît XVI, lu aux familles rassemblées à Paris. Le Pape, disant sa « proximité spirituelle » avec « tous ceux que touche ce drame », a recommandé « les défunts à la miséricorde divine, priant le Tout-Puissant de les accueillir dans sa paix et sa lumière ». Car la mort n’est pas une fin.

JEANNE SMITS

(Source: Présent)

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