Alex Ursulet, l’avocat soi-disant victime d’une arrestation abusive et raciste il y a quelques jours, est-il le défenseur désintéressé des opprimés qu» il prétend être ?
Le 26/10/03 mourrait à Paris, à 38 ans, de misère et de désespoir, en phase terminale d’un cancer généralisé, le peintre de grand talent, Jean Pacôme, ivoirien plus connu sous le nom de «Joseph le peintre». Histoire peu ordinaire d’un plasticien surdoué, tombé entre les mains de «connaisseurs» et spéculateurs du marché de l’art, survivant péniblement dans les rues parisiennes, jusqu’à ce que la mort le happe frappé par la maladie, alors que sa côte flambait littéralement sur le marché.
La question de la mort de Jean Pacôme est toute entière posée, quand on sait -version officielle- que cet artiste peintre avait été découvert en mai 2003 par hasard par un amateur d’art, en la personne de l’avocat antillais martiniquais Alex Ursulet dans le quartier du Marais, dont le peintre en déroute avait investi le pavé faute de mieux. Ursulet, subjugué par le talent d’un génie tombé sur son chemin avait tôt fait de prévenir ses relations du milieu juridique, artistique et médiatique, en particulier François Gibault, président de la Fondation Dubuffet.
Ce beau monde trouve un certain intérêt à mythifier les origines de «leur produit», inventant plus ou moins avec la complicité de leur appât Pacôme, une amnésie du peintre pseudo nommé «Joseph», vendu dans les gazettes comme ayant un passé évanouit dans les méandres d’une vie de galère.
En fait Jean Pacôme était ivoirien, adopté et élevé très probablement par un couple de médecins français de Lyon, il avait fait l’école des Beaux-Arts de Grenoble et passé 5 ans de vie de Sans-Domicile-Fixe à Paris après un séjour de 3 ans à Londres. Son style très particulier démontrait une excellente maîtrise du pinceau, ses portraits aux traits négroïdes pouvaient rappeler Basquiat, Bacon, Van Gogh, Rouault, ou Baselitz. Ses compositions incluaient volontiers des objets hétéroclites, tels des vêtements, à ses nombreuses toiles, grands yeux noirs peints sur carton bouilli, maquillés d’acrylique, de pastel, des extraits du «Comte de Monte-Cristo» de Dumas étaient barbouillés en filigranes sur ses œuvres. Son expression artistique, celle d’un authentique créateur quoique socialement misérable sans-logement, considérée puissante, parlante, colorée, s’exposait dans les rues du célèbre quartier parisien du Marais.
La santé de Pacôme décline au moment où sa cote flambe, sa consommation d’alcool ne s’émousse pas, pas davantage sa créativité, que suivent désormais ses parrains. Ses œuvres se vendent à 100, 200, 300 voire 1000 euros pièces, pour les masques peints dont il faisait une exécution magistrale. L’avocat Alex Ursulet qui possède une vingtaine de toiles fixe la cote. C’est ce même Ursulet qui fait hospitaliser Pacôme mi-juillet 2003 lorsque sa santé s’aggrave sérieusement. Une médiatisation est organisée autour du peintre que les photographes du monde se pressent d’avoir dans leur objectif.
Les toiles du peintre sont récupérées par ceux qui l’entourent à sa mort, l’avocat Ursulet et François Gibault, notamment, un commissaire-priseur Francis Briest de l’étude d’art contemporain Artcurial expertise ses Å“uvres. D’autant qu’un collectionneur anglais de Francis Bacon se manifeste… On pense que Pacôme laisse des centaines d’œuvres confiées de fait à l’inventaire diligent de Ursulet et de Gibault, qui à peine le peintre africain disparu, ont prévu de publier un catalogue, un livre signé Pascal Bruckner et une exposition…
Il est fort à parier que la mort de Jean Pacôme fera des heureux du côté non pas de la Côte d’Ivoire mais des spéculateurs parisiens, que l’on a vu bien plus prompts à générer une économie et un marché lucratif autour des pièces de l’artiste, qu’à lui éviter en temps et en heures, une fin aussi tragique…
De là à penser qu’entre les bénéfices tirés des œuvres d’un peintre noir africain mort, dans le contexte du 21ème siècle débutant en France, et la précipitation, l’anticipation ou le laisser-faire devant la dégradation de la santé du talentueux créateur, il n’y a qu’un coup de pinceau… Qui saurait dire ce qu’il advient des droits et de l’auteur sur ses œuvres dans un tel flou artistique ? Qui saurait dire si la mort aurait été évitée à un peintre mieux protégé par sa couleur de peau, son origine et ses conditions d’existence ? Un artiste blanc aussi doué aurait-il fini de la sorte, la spéculation a-t-elle en définitive préféré Pacôme mort plutôt que vivant de son art et au fait de ses droits sur ses créations ? L’hospitalisation de Pacôme n’a-t-elle été qu’un moyen de récupérer ses toiles, ou vaudrait-il mieux célébrer un génie noir mort plutôt qu’un artiste ivoirien justement évalué, risquant de faire de l’ombre à des institutions indigènes ayant pignon sur rue ? Un jour chacun le saura.
Source : afrikara.com